“Détachement, et corrélation”

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“Détachement, et corrélation”

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1) Présentation de la problématique : état de l’art & objectifs

En ouverture du numéro 40 des Cahiers de praxématique (2003), Franck Neveu revient sur la difficulté de cerner les phénomènes linguistiques concernés par le détachement en dépit de l’apparition relativement tardive du terme dans la métalangue grammaticale française. Utilisé dans un premier temps pour qualifier l’incidence à distance d’un adjectif ou d’un participe par rapport au nom qui lui sert de support (cf. Morier 1961, Dubois & al. 1973), le terme de détachement permet alors d’éviter le recours au terme d’apposition consacré plus volontiers à pareil phénomène d’origine nominale (ie. Le président, Philippe, a levé la séance). Mais le terme de détachement, par ailleurs d’usage dans le langage courant, est très vite employé pour la qualification d’autres constructions : s’appuyant notamment sur les travaux d’Arnaud & Nicole (1662-1683), de Sechehaye (1926), de Bally (1932), de Damourette & Pichon (1930-1950) et de Tesnière (1959), Henri Bonnard (1972)

propose une approche selon laquelle le détachement se définit : (i) formellement, par la séparation graphique ou prosodique d’un segment syntaxique du reste de l’énoncé ; (ii) sémantiquement, par le fait qu’il constitue une annexe de phrase ou de proposition, qu’il est étranger à la prédication principale, et qu’il n’est pas déterminatif. Dans cette perspective, la notion de détachement s’applique : (i) à toutes les formes d’appositions marquées par une disjonction graphique et prosodique ; (ii) aux tours désignés par la notion de segmentation chez Bally, et à la notion de projection des actants chez Tesnière ; (iii) aux circonstants extraposés. (Neveu 2003 : en ligne)

De cette étude, nous retiendrons essentiellement, comme Norbert Dupont (1985), l’idée d’un détachementsyntactico-prosodique remarquable dans certaines constructions, dont les structures corrélatives isomorphes. Structurellement binaires, en effet, la première séquence de ces structures peut être apparentée, suivant la définition de Bonnard, à une séquence détachée dans la mesure où une pause graphique, doublée généralement d’une pause prosodique, est instaurée à l’intersection des deux prédications corrélées : Plus il avance, plus il pense faire fausse route. Remarquons cependant que, d’un point de vue sémantique, aucun des deux membres du diptyque corrélatif ne constitue ici « une annexe de phrase ou de proposition » (Bonnard 1972) ni n’est « étranger à la prédication principale[1] » (ibid.), et la structure décrite ne répond donc pas à cet égard aux seconds paramètres définitoires du détachement posés par Bonnard.

Les corrélatives isomorphes ne sont pas les seules constructions corrélatives concernées par le détachement syntaxique, puisque pareille observation peut être faite, a priori, à partir d’énoncés du type Un pas, (et) t’es foutu, où la première séquence n’a d’ailleurs plus, du moins dans le domaine segmental, la forme physique d’une prédication verbale. On se rapproche en cela des premiers cas de détachement recensés par Morier (1961) ou Dubois & al. (1973) décrits supra, où le détachement qualifiait un syntagme – bien qu’il fût initialement de nature adjectivale et non nominale, les GN disloqués convoquant plutôt le concept d’apposition – détaché du terme auquel il est syntaxiquement incident.

La considération des structures corrélatives lexicalement non marquées (par opposition aux lexicalement isomorphes) remet cependant en question l’association peut-être trop rapide des constructions corrélatives au phénomène du détachement ; s’il donne à voir un continuum d’intégration syntaxique (propositionnelle seulement ?) potentiel, ce groupe de corrélatives non marquées, quel que soit l’échelon du gradient observé, questionne en effet la pertinence de parler de détachement dans le cadre de ces structures. Car il suffit d’observer tour à tour les énoncés (i) (Tu) fais un, (et) tu gagneras, (ii) Qu’il fasse un, (et) il gagnera, (iii) Un un, et tu gagneras pour réinterroger la notion de détachement : si de tels énoncés illustrent une liaison syntaxiquement paratactique (coordonnée) comme le pensent Allaire (1982), Culicover & Jackendoff (1997, 1999, 2005), Corminboeuf (2009) ou Adler (2012), option qui ne va pas sans impliquer l’absence d’incidence de la première séquence dans la seconde, reste-t-il approprié de parler de détachement ? Cette observation conduit à réinterroger les conditions pour que survienne un détachement dans les structures, notamment corrélatives : l’incidence de la première séquence dans la seconde est-elle obligatoire pour évoquer le phénomène de détachement ? Est-elle par ailleurs suffisante ? Car, dans la mesure où une pause prosodique doublant la pause graphique (la virgule) n’est pas toujours remarquée à l’intersection des deux prédications, s’agit-il toujours de détachement ? Par ailleurs, et dans ce cas, quelles sont les structures corrélatives concernées par le terme métalinguistique de détachement ? Quelles sont les conséquences aux niveaux sémantique et informationnel ? Enfin, de façon plus large, l’incidence d’une séquence dans une autre (que celle-ci prenne la forme d’un terme ou d’un groupe de termes) et la séparation grapho-prosodique sont-elles les deux conditions nécessaires mais suffisantes pour la réalisation d’un détachement ? C’est sur ces questions qu’entendent revenir les communications qui seront présentées à cette journée d’étude, laquelle devrait donner lieu, par la suite, à une publication sous la forme d’un ouvrage collectif.

[1]      Nous décrivons en effet la corrélative plus…plus… comme une suite de deux prédications verbales, dont la première (dans l’ordre linéaire) est subordonnée(/incidente) à la seconde, celle-ci exerçant le rôle de matrice.

 

2) Informations pratiques

Date : mercredi 10 juin 2015

Horaire : de 9h00 à 17h15

Lieu : Salle des Actes, Sorbonne (54, rue St Jacques – Niveau D, salle 318)

Organisation  : Franck NEVEU (Université Paris Sorbonne, STIH), Audrey ROIG (Université Paris Descartes, EDA), et Dan VAN RAEMDONCK (Université libre de Bruxelles).

 

Événement ouvert à tous.

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