Colloque international : “L’Adjectivité”

Colloque international : “L’Adjectivité”

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(English version below)

L’Adjectivité

Colloque international

Université Paris Sorbonne & Paris Descartes
7-8-9 septembre 2017

1) État de l’art & problématique

Sans avoir jamais été attesté dans aucune des éditions du Dictionnaire de l’Académie française, le terme adjectivité n’en demeure pas moins une création peu neuve puisqu’il est trouvé, déjà, dans Le dictionnaire universel : panthéon littéraire et encyclopédie de Maurice de La Châtre (1853 : 84). Entendu alors comme « Etat, qualité de l’adjectif », le substantif est notamment employé dans l’Essai de grammaire japonaise composé de J. H. Donker Curtius ([1857] 1861), pour désigner l’emploi adjectival d’un nom (propre ou commun).

Retrouvé régulièrement depuis lors dans les textes scientifiques pour signaler la présence d’un mot non adjectival dans une position saturée en principe par un adjectif, le terme adjectivité, régulièrement utilisé au singulier, laisse à penser qu’il n’existe qu’un seul emploi adjectival. Or, il suffit de s’en reporter à l’ouvrage de Bally intitulé Linguistique générale et linguistique française ([1932] 1965) pour se rendre compte qu’il n’en est rien, un nom par exemple pouvant aussi bien exercer la fonction d’attribut (prédicat) que celle d’épithète :

Tout substantif change de catégorie et prend la fonction d’adjectif (virtuel) quand il fonctionne comme prédicat ou épithète sans être accompagné de déterminatifs. En effet, c’est seulement avec un déterminatif que le substantif prédicat conserve sa valeur originelle : « Paul est un artiste, Paul est l’artiste que j’ai vu à Paris ». Dans le cas contraire, il prend la valeur d’adjectifs : « Paul est artiste » se traduit par « Paul est habile dans son art ». (Bally 1965 : 292)

En pareil emploi, remarque Bally, à l’image des adjectifs – lesquels sont généralement gradables au moyen de très (Goes 1999) –, les substantifs adjectivés « n’admet[tent] pas volontiers l’adjonction d’un adjectif qui le rebaptiserait substantif ; on ne dit pas « Paul est grand artiste », mais « Paul est très artiste ». […] le substantif est ici virtuel, et n’est actualisé que par l’appoint de la copule, avec laquelle il fait corps. (1965 : 292-293).

Cela étant, d’après Bally, ces emplois conduiraient à la transformation même du nom en un adjectif : en effet, plus qu’un emploi adjectival, le nom « devenu prédicat révèle[rait] aussi le changement de catégorie ; comparez “Etes-vous la reine ? Je la suis” et “Etes-vous reine ? Je le suis”. » (1965 : 293). Et l’auteur d’ajouter par la suite :

Un substantif peut, avec la plus grande facilité, devenir adjectif […]. Il suffit pour cela qu’il soit privé d’actualisateur […] et qu’il adopte les conditions d’emploi de l’adjectif : orateur est à moitié adjectif dans le type « Paul est orateur » (« vraiment orateur »), artiste l’est tout à fait dans « Paul est très artiste ». En fonction d’épithète, le passage est d’autant plus marqué : « un habit marron, des rubans jonquille, un chou géant, le style gendarme, des manières peuple, la question argent », etc. (1965 : 308).

Deux points dans cet extrait méritent une attention particulière : d’une part, le continuum d’adjectivité que laisse sous-entendre Bally en regard des différents cas d’adjectivité relevés, certaines conditions développant davantage l’adjectivité que d’autres ; et d’autre part, la transformation confirmée du substantif en un adjectif. Au demeurant, le nom (ex. 1) n’est pas la seule classe de mots susceptible de connaitre un emploi adjectival : Bally relève également les participes présents et passés (ibid. : 309) (ex. 2) ou encore « les expressions prépositionnelles fonctionnant originairement comme complément circonstanciel » (ibid.) (ex. 4) ; il convient sans doute d’ajouter les pronoms à la liste (ex. 5).

  • (1) a) Il est médecin. (nom attribut)
    b) Elle se croit reine. (nom attribut)
    c) Une robe saumon (nom épithète)
  • (2) a) Du papier collant
          b) Une enveloppe froissée
  • (3) a) Ce film est bien.
    b) Un type bien
  • (4) a) Je lis un livre sans intérêt
          b) Des souvenirs d’antan
  • (5) Elle est mienne

Dans ses Éléments de syntaxe structurale (1959), à la partie relative à la translation, Tesnière (1959) opère le même constat : certaines « espèces de mots », à savoir le substantif (§192-195), l’adverbe (§197) et le verbe au participe (§198), peuvent fonctionner adjectivalement, la translation s’opérant, selon les cas, avec ou sans marquant (translatif). Les translations en adjectifs, lesquelles incluent selon Tesnière le procédé de la dérivation morphologique, peuvent être simples, doubles comme en (6) (turc), triples comme en (7) (allemand), quadruples comme en (8), sextuples (9), voire septuples (10).

  • (6) el-im-de-ki kitap « le livre qui est dans ma main » (Tesnière 1959 : 495)
  • (7) Eine zu betrachtende Tatsache « un fait qui est à considérer » (ibid. : 524)
  • (8) des aubergines à la parisienne (N > Adj > N > Adv > Adj) (ibid. : 534)
  • (9) des asperges à la Pompadour (N > Adj > N > Adj > Adv > Adj) (ibid. : 539)
  • (10) [les beautés du monde d’ici-bas me donnent par avance] une idée des joies de celui de l’au-delà (Adv > Adj > N > Adv > N > Adj > N > Adj) (ibid. : 540)

Si, chez Tesnière, l’adjectivation croise le chemin de la dérivation morphologique, l’on constate par le biais des exemples donnés la formation d’une sorte d’un autre continuum que celui remarqué chez Bally, établi cette fois d’après le nombre de translations subies.

À la lecture de ces différents travaux, il convient sans doute d’opérer une distinction entre l’adjectivation et l’adjectivité (bien que dans certaines langues, les deux phénomènes soient probablement amenés à se rencontrer). L’adjectivation, d’abord, désignerait selon nous la transformation morphologique d’un mot ; elle est un processus et elle pose la question du (degré de) partage des propriétés des adjectifs par l’item transformé. L’adjectivité, par contre, signalerait plus particulièrement le résultat d’un procédé, c’est-à-dire finalement l’emploi adjectival du mot, lequel se manifesterait plutôt dans le domaine de la syntaxe. Poser cette distinction revient sans doute à rappeler la différence qu’opère Kerleroux (1996) entre les distorsions catégorielles (adjectivité) et les conversions morphologiques (adjectivation), mais elle n’est probablement que théorique en ce que les deux notions finissent par ouvrir sur les mêmes questions :

  • L’item commutable avec un adjectif perd-il ses propriétés intrinsèques (notamment du point de vue de son extension, cf. Wilmet 1997) ?
  • Le mot adjectivé est-il gradable comme c’est le cas pour la plupart des adjectifs (Goes 1999) ?
  • Peut-il pareillement occuper les fonctions d’attribut ou d’épithète ? Si, d’après Riegel (1985 : 193-194), les noms étiquetés [+ humain] sont majoritairement susceptibles d’apparaitre en fonction attribut, est-ce effectivement le cas ? Le caractère agentif d’un substantif, par exemple, joue-t-il un rôle dans l’élaboration d’un groupe à « nom attribut » ?
  • De la même manière, est-ce qu’un item adjectivé peut, à l’image de certains adjectifs épithètes, être placé devant son support ? Est-il obligatoirement placé derrière ? Le cas échéant, observe-t-on une altération du sens en fonction de la place occupée par l’item adjectivé (Goes 1999) ? Ou convient-il de parler davantage de « collocation » comme le défend Henkel (2016) pour les adjectifs antéposés ?
  • Comme les adjectifs, l’item adjectivé est-il aussi bien lié à son support par le biais du mécanisme syntaxique de la détermination que, selon les cas, par une relation de prédication (Wilmet 1997) ?
  • D’ailleurs, l’item s’accorde-t-il avec son support (genre, nombre) ?
  • Cette transformation ou cette modification syntaxique occasionne-t-elle la perte d’un élément comme le déterminant (pour le nom), sinon l’emploi d’un article zéro (Salles 2004) ?
  • Est-il interdit, dans le cas de l’adjectivité à base nominale, de parler de noms juxtaposés ou apposés ? Les énoncés comme « Médecin, il travaille beaucoup » par exemple – où médecin commute avec des adjectifs du type courageux – ne gagneraient-ils pas à être rangés du côté des cas d’adjectivité ? Peut-on, en conséquence, lier le phénomène de l’adjectivité aux notions d’apposition ou de détachement syntaxiques (Neveu 2004) ?

En outre, l’adjectivité n’est pas un phénomène propre au français et c’est la raison pour laquelle il nous semble important d’inscrire cette problématique dans une perspective de linguistique générale.

Quelques linguistes ont déjà fait état de la relation qu’entretiennent fonctionnellement les noms, les participes, les pronoms ou les adverbes avec les adjectifs, comme Braun & Haig par exemple qui étudient le turc, langue dans laquelle la différenciation des adjectifs et des noms apparait complexe : « as no formal criterion lead to an unequivocal classification of Turkish nominals into two mutually exclusive classes “noun” and “adjective”, it seems wiser to set up a cluster of features with which to determine the degree of “adjectivity” or “nouniness” of lexemes. » (2000 : 89). L’idée d’une gradation d’emplois entre nom et adjectif semble ainsi aussi séduisante en turc qu’en français d’après Bally. C’est ainsi que Braun & Haig en viennent à proposer un gradient « nom-adjectif » (ibid. : 91), érigé sur la base de cinq critères qui permettent de jauger le degré d’adjectivité d’un nom-adjectif :

  • la réduplication intensifiante (dop-dolu “totally full” ; ap-açik “completely open” ; …),
  • sa gradabilité,
  • la possibilité pour l’item d’apparaitre dans le cadre « X (bir) N » (“X (indef) N”),
  • la présence ou l’absence des suffixes -ll et -slz, suffixes qui servent en principe la création de modifieurs nominaux,
  • l’apparition d’un suffixe possessif lors de la juxtaposition de l’item à un nom (e. uçak “avion” + gemi “navire” ” uçak gemi-si (*uçak gemi) “porte-avion”). (d’après Braun & Haig 2000 : 89-90)

Rothstein (2007 : 288) et Businger (2013 : 145-147) proposent de la même manière des tests pour évaluer l’adjectivité des participes passés en allemand. Les paramètres qu’ils retiennent sont au nombre de trois : le test de la coordination d’un participe avec un adjectif (11), la lecture ambiguë du participe dans des énoncés admettant à la fois la lecture réflexive et non réflexive (12) et la possibilité pour l’item d’être suivi de genug (« assez »), ce qui est impossible pour le participe en emploi verbal (13).

  • (11)   Er hat den Bleistift angespitzt und griffbereit. (Businger 2013)
  • (12)   Das Mädchen hat die Haare gekämmt. (ibid.)
  • (13)   a) Er ist alt genug. (ibid.)
    b) Die Wohnung wird aufgeräumt (*genug). (ibid.)
    c) Ich habe die Wohnung aufgeräumt/sauber (ibid.)

L’auteur poursuit par la présentation de deux autres arguments attestant de l’emploi non verbal de certains participes en allemand, à savoir la possibilité de préfixer les participes employés comme adjectifs au moyen de un- (« in- ») (14) et celle, pour le participe, d’entrer dans une structure comparative (15).

  • (14)   ihre ungeschminkten Lippen (Businger 2013)
  • (15)   Dein Gesicht ist ja geschminkter als Kiss. (ibid.)

L’anglais compte également des exemples d’adjectivité :

  • (16)   a horse race (horse races)
  • (17)   a bicycle shop (bicycle shop)
  • (18)   the football team coach

de même que le néerlandais (19) :

  • (19)     Hij is eigenaar.

ou l’italien (20) :

  • (20)   Sembra gentiluomo.

le bulgare :

  • (21)   Тя е лекар (« elle est médecin »)
  • (22)   Пола панталон (« robe pantalon »)

ou encore l’arabe (classique (23) et marocain (24)) :

  • (23)   a) Meryem tˤabība (« Meryem est médecin »)
    b) Omar tˤabīb (« Omar est médecin »)
    c) ta-ʕtaqid-u anna-ha malika(t)-an (« Elle se croit reine »)
  • (24)   a) Meryem tˤbeba (« Meryem est médecin »)
    b) Omar tˤbeb (« Omar est médecin »)
    c) ɦāsba ʕla rˤas-ha malika/amira (« Elle se croit reine/princesse »)

De l’arabe à l’anglais en passant par le bulgare ou l’italien, le phénomène semble donc toucher toutes les langues. C’est pourquoi ce colloque entend inscrire la question de l’adjectivité (voire de l’adjectivation) dans une perspective plus large que celle de la linguistique française. Les intentions de communication pourront donc porter sur n’importe quelle langue pour autant qu’elles s’inscrivent dans l’une des problématiques suivantes :

  • Est-il pertinent de distinguer l’adjectivité de l’adjectivation ?
  • Différenciation fonction et nature : l’emploi adjectival d’un terme en fait-il un adjectif ?
  • La voie du continuum entre les parties du discours étudiées est-elle la seule solution possible dans certaines langues ? Est-il affaire de natures ou de fonctions ?
  • Quel rôle joue le support de l’entité adjectivée ? Les entités adjectivées comptent-elles d’ailleurs toujours un support ?
  • Quelle place la sémantique occupe-t-elle dans l’adjectivité ?
  • Quel rôle ou place convient-il de réserver à l’actualisation des unités adjectivées ?
  • Quels paramètres doivent être observés pour jauger au mieux du degré de conservation des propriétés du nom, participe, adverbe ou groupe prépositionnel employés adjectivalement (cf. Salles 2004 par exemple) ?
  • Dans quelle mesure l’adjectivité peut-elle être rapprochée des phénomènes de détachement ou d’apposition(Neveu 2004) ?
  • Etc.

Références indicatives :

Bally Charles, Linguistique générale et linguistique française, 4e éd., Francke Berne, 1965 [1re éd. 1932].

Braun Friederike, Haig Geoffrey, « The noun/adjective distinction in Turkish: An empirical approach », Turcologica 46, 2000 : 85-92.

Businger Martin, « Haben-statives in German : A syntactic analysis », in A. Alexiadou, F. Schäfer (ed.), Non-Canonical Passives, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2013 : 141-162.

Flaux Nelly, Mostrov Vassil, « À propos de noms d’humains (dis)qualifiants : un imbécile vs un salaud et leurs paradigmes », in F. Neveu & al., Actes de la 5e édition du CMLF, Web of Conferences, en ligne : http://dx.doi.org/10.1051/shsconf/20162712016.

Goes Jan, L’adjectif. Entre nom et verbe, Bruxelles, De Boeck/Duculot, 1999.

Henkel Daniel, « L’antéposition de l’adjectif : quelle contreparties sémantiques ? », in F. Neveu & al., Actes de la 5e édition du CMLF, Web of Conferences, en ligne : http://dx.doi.org/10.1051/shsconf/20162712007.

Kerleroux Françoise, La Coupure invisible. Études de syntaxe et de morphologie, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1996.

Neveu Franck, « Support et référenciateur de l’adjectif dans le système appositif – Sur l’interprétation des prédicats détachés », in J. François (dir.), L’adjectif en français et à travers les langues, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004 : 337-356.

Riegel Martin, L’adjectif attribut, Paris, PUF, 1985.

Rothstein Björn, « Einige Bemerkungen zum Partizip II in Das Pferd hat die Fesseln bandagiert », Linguistische Arbeiten 512, 2007 : 285-298.

Salles Mathilde, « Adjectif et adjectivité ou comment un substantif peut être plus adjectif qu’un adjectif », L’information grammaticale, 103, 2004 : 7-12.

Tesnière Lucien, Éléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck, 1959.

Wilmet Marc, Grammaire critique du français, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997.

 

2) Modalités pratiques

Langues du colloque

Les communications se feront en français ou en anglais.

 Calendrier

Remise des propositions (en français ou en anglais, de deux pages maximum (bibliographie comprise)) avant le 15/2/2017, à l’adresse courriel suivante : adjectivite@gmail.com.

Comité d’organisation

  • Franck Neveu (Université Paris-Sorbonne, STIH)
  • Audrey Roig (Université Paris-Descartes, EDA)
  • Gaëlle Doualan (Université Paris-Sorbonne, STIH)

Comité scientifique

  • Angelina Aleksandrova (Université Paris-Descartes)
  • Christophe Benzitoun (Université de Lorraine)
  • Jean-Paul Brachet (Université Paris-Sorbonne)
  • Nizha Chatar-Moumni (Université Paris-Descartes)
  • Denis Costaouec (Université Paris-Descartes)
  • Pierre Cotte (Université Paris-Sorbonne)
  • Martine Dalmas (Université Paris-Sorbonne)
  • Naoyo Furukawa (Université de Tsukuba)
  • Mats Forsgren (Université de Stockholm)
  • Antoine Gautier (Université Paris-Sorbonne)
  • Jan Goes (Université d’Artois)
  • Eva Havu (Université d’Helsinki)
  • Olga Inkova (Université de Genève)
  • Caroline Lachet (Université Paris-Descartes)
  • Peter Lauwers (Universiteit Gent)
  • Claire Le Feuvre (Université Paris-Sorbonne)
  • Jean-Léo Léonard (Université Paris-Sorbonne)
  • Emilio Manzotti (Université de Genève)
  • Michèle Noailly (Université de Brest)
  • Michel Pierrard (Vrije Universiteit Brussel)
  • Wilfrid Rodgé (Université Paris-Sorbonne)
  • Olivier Soutet (Université Paris-Sorbonne)
  • André Thibault (Université Paris-Sorbonne)
  • Stéphane Viellard (Université Paris-Sorbonne)
  • Marc Wilmet (Université libre de Bruxelles)

(English version)

Adjectivity

International Symposium

 Paris-Sorbonne & Paris Descartes University
September, 7th-9th 2017

Although the word adjectivity never appeared in any edition of the Dictionary of the French Academy, it is not a recent coinage: as a matter of fact, an entry of the word can be found in Le dictionnaire universel : panthéon littéraire et encyclopédie by Maurice de La Châtre (1853 : 84). Then defined as « État, qualité de l’adjectif », the word is also used in the Essai de grammaire japonaise composé by J. H. Donker Curtius ([1857] 1861) to refer to the adjectival use of a – proper or common – noun.

Since then, the term adjectivity has regularly been found in scientific texts to signal the presence of a non-adjectival word in a position filled in principle by an adjective. It is often used in the singular and suggests that there is only one adjectival use. However, Bally’s book entitled Linguistique générale et linguistique française ([1932] 1965) shows that this is not the case. A noun for example can both perform the function of predicate or attribute:

Tout substantif change de catégorie et prend la fonction d’adjectif (virtuel) quand il fonctionne comme prédicat ou épithète sans être accompagné de déterminatifs. En effet, c’est seulement avec un déterminatif que le substantif prédicat conserve sa valeur originelle : « Paul est un artiste, Paul est l’artiste que j’ai vu à Paris ». Dans le cas contraire, il prend la valeur d’adjectifs : « Paul est artiste » se traduit par « Paul est habile dans son art ». (Bally 1965 : 292)

In this function, Bally says, and following the pattern of adjectives – which are usually gradable with the adverb très (Goes 1999) –, adjectived nouns « n’admet[tent] pas volontiers l’adjonction d’un adjectif qui le rebaptiserait substantif ; on ne dit pas « Paul est grand artiste », mais « Paul est très artiste ». […] le substantif est ici virtuel, et n’est actualisé que par l’appoint de la copule, avec laquelle il fait corps. » (1965 : 292-293).

According to Bally, these uses lead to the transformation of the name into an adjective : indeed, beyond adjectival use, the noun « devenu prédicat révèle[rait] aussi le changement de catégorie ; comparez “Êtes-vous la reine ? Je la suis” et “Êtes-vous reine ? Je le suis”. » (1965 : 293). And the author adds later:

Un substantif peut, avec la plus grande facilité, devenir adjectif […]. Il suffit pour cela qu’il soit privé d’actualisateur […] et qu’il adopte les conditions d’emploi de l’adjectif : orateur est à moitié adjectif dans le type « Paul est orateur » (« vraiment orateur »), artiste l’est tout à fait dans « Paul est très artiste ». En fonction d’épithète, le passage est d’autant plus marqué : « un habit marron, des rubans jonquille, un chou géant, le style gendarme, des manières peuple, la question argent », etc. (1965 : 308).

Two points in this passage are important: first, the continuum of adjectivity that Bally suggests facing different cases of identified adjectivity (some conditions are more favourable to adjectivity than others); and secondly, the transformation of a substantive into an adjective. It is worth noting that the noun (eg. 1) is not the only class of words that could be used adjectivally: Bally also mentions past and present participles (ibid.: 309) (eg. 2) or « les expressions prépositionnelles fonctionnant originairement comme complément circonstanciel » (ibid.) (eg. 4); pronouns should probably be added to this list (eg. 5).

  • (1) a) Il est médecin.
    b) Elle se croit reine.
    c) Une robe saumon
  • (2) a) Du papier collant
    b) Une enveloppe froissée
  • (3) a) Ce film est bien.
    b) Un type bien
  • (4) a) Je lis un livre sans intérêt
    b) Des souvenirs d’antan
  • (5)     Elle est mienne

In his Éléments de syntaxe structurale (1959), and specifically in the part about translation, Tesnière (1959) operates the same observation: some « espèces de mots », such as the noun (§192-195), the adverb (§197) and the verb in the participle form (§198), can function adjectivally, the translation occurring with or without marker (translatif). According to Tesnière, the translation into an adjective, which includes the process of morphological derivation, can be single, double as in (6) (Turkish), triple as in (7) (German), quadruple as in (8), sixfold (9), or sevenfold (10).

  • (6) el-im-de-ki kitap « le livre qui est dans ma main » (Tesnière 1959: 495)
  • (7) Eine zu betrachtende Tatsache « un fait qui est à considérer » (ibid.: 524)
  • (8) des aubergines à la parisienne (N > Adj > N > Adv > Adj) (ibid.: 534)
  • (9) des asperges à la Pompadour (N > Adj > N > Adj > Adv > Adj) (ibid.: 539)
  • (10) [les beautés du monde d’ici-bas me donnent par avance] une idée des joies de celui de l’au-delà (Adv > Adj > N > Adv > N > Adj > N > Adj) (ibid.: 540)

While in Tesnière’s theory, adjectivation crosses the path of morphological derivation, we notice through the given examples the formation of a kind of another continuum than the gradient observed by Bally; for Tesnière, the continuum is established according to the number of translations sustained.

These various studies show that the notions of adjectivation and adjectivity should be distinguished (although in some languages, the two phenomena tend to overlap). Adjectivation, first, would then designate the morphological transformation of a word; it is a process and it questions the (number of) shared properties between adjectives and the transformed item. Contrariwise, adjectivity would refer more particularly to the result of a process, that is to say to the adjectival use of the word, which would end up being a question of syntax. This distinction is reminiscent of the difference that Kerleroux makes (1996) between categorical distortions (adjectivity) and morphological conversions (adjectivation), but it is probably only a theoretical distinction, given that the two notions lead to the same issues:

  • Does the word that is replaceable with an adjective lose its intrinsic properties (in particular from the point of view of its extension, cf. Wilmet 1997) ?
  • Is the adjectived word gradable as most adjectives are (Goes 1999)?
  • Can this word be either attributive or predicative? If so (cf. Riegel 1985 : 193-194), are the nouns labeled [+ human] more often predicates? Does the agentive character of a noun, for example, play a role in the development of a group with “predicative nouns”?
  • Can an adjectived noun be placed in front of its support, like some attributive adjectives? Is it necessarily placed behind? If any, do we observe a change in meaning depending on the place of the adjectival item (Goes 1999)? Or is it more appropriate to speak of “collocation” as Henkel (2016) does regarding adjectives placed in front of nouns?
  • Like adjectives, is the adjectived word linked to its support through the syntactic mechanism of determination or predication (Wilmet 1997)?
  • Does the word take the marks of its support (gender, number)?
  • Does this transformation or this syntactic change entail the loss of an item such as the determiner (for the noun), or the use of a zero article (Salles 2004)?
  • Is it forbidden, in the case of adjectived nouns, to talk about juxtaposed or affixed nouns? Are the statements like “ Médecin, il travaille beaucoup” for example – where médecin could be replaced by an adjective like courageux – cases of adjectivity? Can we therefore link the phenomenon of adjectivity to the concepts of syntactic attachment or detachment (Neveu 2004)?

In addition, adjectivity is not a phenomenon that is specific to the French language and that is why it seems important to address this issue from the broader perspective of general linguistics.

Some linguists have already referred to the functional relationship between nouns, participles, pronouns or adverbs with adjectives, like Braun & Haig for example who study Turkish, a language in which the differentiation between adjectives and nouns appears complex: “as no formal criterion lead to an unequivocal classification of Turkish nominals into two mutually exclusive classes “noun” and “adjective”, it seems wiser to set up a cluster of features with which to determine the degree of “adjectivity” or “nouniness” of lexemes.” (2000: 89).

According to Bally, the idea of a gradation of uses between noun and adjective appears as attractive in Turkish as in French. Thus Braun & Haig propose a “noun-adjective” gradient (ibid.: 91), based on five criteria which serve to gauge the degree of adjectivity of an adjective-noun:

  • the reduplication which intensifies (dop-dolu “totally full”; ap-açik “completely open” ; …),
  • its gradability,
  • the possibility for the item to appear in some positions « X (bir) N » (“X (indef) N”),
  • the presence or the absence of suffixes -ll and -slz, suffixes serving in principle the creation of nominal modifiers,
  • the appearance of a possessive suffix when the item and a name are juxtaposed (e. uçak “avion” + gemi “navire” ” uçak gemi-si (*uçak gemi) “porte-avion”). (according to Braun & Haig 2000 : 89-90)

Rothstein (2007: 288) and Businger (2013: 145-147) also propose tests to evaluate the adjectivity of past participles in German. Ther are three critera: the test of the coordination of a participle with an adjective (11), the ambiguous reading of the participle in statements admitting both reflective and non-reflective reading (12), and the possibility for the item to be followed by genug (“enough”), which is impossible for the participle in a verbal use (13).

  • (11)   Er hat den Bleistift angespitzt und griffbereit. (Businger 2013)
  • (12)   Das Mädchen hat die Haare gekämmt. (ibid.)
  • (13)   a) Er ist alt genug. (ibid.)
    b) Die Wohnung wird aufgeräumt (*genug). (ibid.)
    c) Ich habe die Wohnung aufgeräumt/sauber (ibid.)

The author continues with the presentation of two other arguments proving the non-verbal use of certain participles in German: the possibility to prefix the participles used as adjectives with un– (“non-“) (14) and the possibility, for the participle, to enter a comparative structure (15).

  • (14)   ihre ungeschminkten Lippen (Businger 2013)
  • (15)   Dein Gesicht ist ja geschminkter als Kiss. (ibid.)

English also has examples of adjectivity:

  • (16)   a horse race (horse races)
  • (17)   a bicycle shop (bicycle shop)
  • (18)   the football team coach

like Dutch (19):

  • (19)     Hij is eigenaar.

or Italian (20):

  • (20)   Sembra gentiluomo.

or Bulgarian:

  • (21)   Тя е лекар (“she is a doctor”)
  • (22)   Пола панталон (“a dress pants”)

or Arabic (classical (23) and Moroccan (24)):

  • (23)   a) Meryem tˤabība (“Meryem is a doctor”)
    b) Omar tˤabīb (“Omar is a doctor”)
    c) ta-ʕtaqid-u anna-ha malika(t)-an (“She believes that she is a queen”)
  • (24)   a) Meryem tˤbeba (“Meryem is a doctor”)
    b) Omar tˤbeb (“Omar is a doctor”)
    c) ɦāsba ʕla rˤas-ha malika/amira (“She believes that she is a queen/princess”)

Arabic, English, Bulgarian, Italian,… The phenomenon seems to affect all languages. That is why this symposium means to address the question of adjectivity (or even adjectivation) from a broader perspective than that of the French language. Therefore, the conference paper abstracts may concern any language. However, they must tackle one of the following issues:

  • Is it relevant to distinguish adjectivity and adjectivation?
  • Difference between form and function: does the adjectival use of a term make an adjective of that term?
  • Is the idea of a continuum between the different grammatical classes studied the only solution in some languages? Is it a matter of form or function?
  • What role does the support of adjectivized entity play? Do the adjectived entities always have a support?
  • What place does semantics have regarding adjectivity?
  • What role or place should be reserved for the actualization of the adjectived units?
  • What criteria should be met to evaluate the degree of conservation of the properties of the noun, participle, adverb or prepositional group used adjectivally (see Hall 2004, for example)?
  • Should adjectivity be compared to the phenomena of detachment or apposition (Neveu 2004)?
  • Etc.

Indicative References:

Bally Charles, Linguistique générale et linguistique française, 4e éd., Francke Berne, 1965 [1re éd. 1932].

Braun Friederike, Haig Geoffrey, « The noun/adjective distinction in Turkish: An empirical approach », Turcologica 46, 2000 : 85-92.

Businger Martin, « Haben-statives in German : A syntactic analysis », in A. Alexiadou, F. Schäfer (ed.), Non-Canonical Passives, Amsterdam/Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2013 : 141-162.

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Henkel Daniel, « L’antéposition de l’adjectif : quelle contreparties sémantiques ? », in F. Neveu & al., Actes de la 5e édition du CMLF, Web of Conferences, en ligne : http://dx.doi.org/10.1051/shsconf/20162712007.

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Neveu Franck, « Support et référenciateur de l’adjectif dans le système appositif – Sur l’interprétation des prédicats détachés », in J. François (dir.), L’adjectif en français et à travers les langues, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2004 : 337-356.

Riegel Martin, L’adjectif attribut, Paris, PUF, 1985.

Rothstein Björn, « Einige Bemerkungen zum Partizip II in Das Pferd hat die Fesseln bandagiert », Linguistische Arbeiten 512, 2007 : 285-298.

Salles Mathilde, « Adjectif et adjectivité ou comment un substantif peut être plus adjectif qu’un adjectif », L’information grammaticale, 103, 2004 : 7-12.

Tesnière Lucien, Éléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck, 1959.

Wilmet Marc, Grammaire critique du français, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1997.

Practical arrangements

Conference languages

Proposals and presentations will be either in French or English.

 Calendar 

The deadline for abstract submission is February 15th 2017.

The abstracts should be written in French or English, be two pages long maximum (references included), and be sent to the following email address: adjectivite@gmail.com.

Organizing Committee

  • Franck Neveu (Paris-Sorbonne University, STIH)
  • Audrey Roig (Paris Descartes University, EDA)
  • Gaëlle Doualan (Paris-Sorbonne University, STIH)

Scientific Committee

  • Angelina Aleksandrova (Paris Descartes University)
  • Christophe Benzitoun (University of Lorraine)
  • Jean-Paul Brachet (Paris-Sorbonne University)
  • Nizha Chatar-Moumni (Paris Descartes University)
  • Denis Costaouec (Paris Descartes University)
  • Pierre Cotte (Paris-Sorbonne University)
  • Martine Dalmas (Paris-Sorbonne University)
  • Naoyo Furukawa (University of Tsukuba)
  • Mats Forsgren (Stockholm University)
  • Antoine Gautier (Paris-Sorbonne University)
  • Jan Goes (Artois University)
  • Eva Havu (University of Helsinki)
  • Olga Inkova (University of Geneva)
  • Caroline Lachet (Paris Descartes University)
  • Peter Lauwers (Universiteit Gent)
  • Claire Le Feuvre (Paris-Sorbonne University)
  • Jean-Léo Léonard (Paris-Sorbonne University)
  • Emilio Manzotti (University of Geneva)
  • Michèle Noailly (University of Brest)
  • Michel Pierrard (Free University of Brussels, VUB)
  • Wilfrid Rodgé (Paris-Sorbonne University)
  • Olivier Soutet (Paris-Sorbonne University)
  • André Thibault (Paris-Sorbonne University)
  • Stéphane Viellard (Paris-Sorbonne University)
  • Marc Wilmet (Free University of Brussels, ULB)

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